Marcher la région: retour sur la deuxième édition

Sur la route du dépotoir. Crédit photo: Jean Desjardins.

Par Joel Thibert, publié sur Spacing Montréal

Lorsqu’on me demande de résumer la deuxième édition de Marcher la région, je ne sais pas trop par où commencer et je ne sais pas trop quoi raconter. J’ai l’impression que nous avons vécu, collectivement, toutes sortes de moments importants et que nous avons accompli quelque chose – quelque chose d’intangible tout en étant concret, d’héroïque tout en étant parfaitement banal.

Tout d’abord, si j’avais pu moi-même régler chaque petit détail de l’événement pour maximiser l’émerveillement, la découverte et le dialogue, je n’aurais pas pu faire mieux: de la traversée du village de Kahnawake jusqu’à notre traversée des champs de fraises de Laval, en passant par les longues ruelles du quartier St-Michel et les nombreux lieux disparates qui parsèment Montréal-Nord, nous avons littéralement “vécu” chaque contraste, chaque détour, chaque endroit incongru et avons pu échanger sur ce qu’est la région ou sur ce que Montréal représente – entre nous, mais aussi avec les personnes qui se trouvaient sur notre chemin ou qui sont venues à notre rencontre.

Il faut dire que nous avons pu “constater” un certain nombre de choses pendant notre traversée métropolitaine. Premièrement, la présence des deux journalistes de Radio-Canada Rive-nord / Rive-sud, qui échangeaient via Twitter en temps réel avec (principalement) des citoyens d’un peu partout (mais surtout de la banlieue) nous a confirmé qu’il y a bel et bien un intérêt ou à tout le moins une curiosité pour la région dans le Grand Montréal. Voir ici le reportage qu’elles ont réalisé, ainsi que les textes qu’elles ont publiés avant, pendant et après.

Deuxièmement, nous avons constaté que le centre de Montréal est visible de loin – en fait, nous n’avons presque jamais perdu le Mont-Royal de vue, aussi étrange cela puisse-t-il paraître. Que ce soit au beau milieu des champs de fraises, sur le Montée St-François à Laval, sur le bord de la voie maritime du St-Laurent à Ste-Catherine ou à partir de la route qui longe le site d’enfouissement de Lachenaie, Montréal et le Mont-Royal se révélaient souvent à nous, à l’horizon, au détour d’un regard. Chose étonnante pour le Montréalais que je suis: on voyait très clairement, en marchant sur la Montée Dumais à Lachenaie près de la 640, les Mont St-Hilaire et St-Bruno, qui se trouvent pourtant sur l’autre rive (voir photo ci-dessous).

Les Mont St-Hilaire et St-Bruno vus de la montée Dumais, près de l’autoroute 640. Crédit photo: Jean Desjardins.

Troisièmement, notre promenade à travers la région nous a rassuré quant au fait qu’il existe toujours non loin de nous (qui habitons au coeur de l’île) une campagne luxuriante s’étendant (entre autres) sur toute la partie est de l’île de Laval et de nombreuses richesses naturelles le long de cours d’eau, mais aussi dans les nombreuses friches qui parsèment le territoire du Grand Montréal.

Le long de la montée St-François, à Laval. Crédit photo: Fabien Garcin.

Autre constat important, en ce qui me concerne (mais qui peut sembler banal, j’en conviens): on perçois un lieu différemment lorsqu’on y arrive en marchant, et on l’apprécie d’une manière toute aussi particulière lorsqu’on le quitte lentement, pas à pas. J’ai senti une sorte de mélancolie en traversant le Pont Pie-IX et en quittant Montréal-Nord et pourtant je n’y avais jamais vraiment mis le pieds avant l’après-midi du jour d’avant. Déambuler lentement sur Charleroi, en provenance de St-Michel et sans autre but que d’y être, ça n’a rien à voir avec l’expérience qu’on peut en faire si l’on y vient en auto ou en vélo pour “voir Montréal-Nord”. Au risque de me répéter et de faire dans le cliché sentimental, j’ai vraiment l’impression d’avoir vécu Montréal-Nord pendant ces quelques instants, d’être entré dans l’intimité de ce lieu (en grande partie, il faut le dire, parce que nous étions accompagné de Jean Desjardins, qui y a grandi et qui nous traîné aux quatre coin de son coin de la ville).

Je pense, finalement, que c’est ça Marcher la région: c’est l’occasion de faire l’expérience de la ville d’une manière différente, d’entrer insensiblement dans l’espace quotidien des gens et de partager quelque chose avec eux qui ne peut pas se voir en photo ou se dire avec des mots. Pour ceux que ça intéresse: nous serons de retour l’an prochain.

Une ruelle dans St-Michel, probablement la plus productive (en terme d’agriculture urbaine) que j’ai jamais vue à Montréal. Crédit photo: Alanah Heffez.